Il y a des dépôts ou filaments dans mon kombucha : est-ce normal ?

Vous préparez votre kombucha avec soin, vous soulevez le tissu du bocal… et là, surprise : des filaments bruns, des particules en suspension, un dépôt épais au fond. À première vue, cela peut sembler sale, voire inquiétant. Beaucoup de débutants pensent immédiatement : « mon kombucha est contaminé », « ce n’est pas propre », ou « je vais être malade si je bois ça ».

En réalité, la plupart de ces dépôts sont tout simplement le signe que votre kombucha est… vivant. Une boisson fermentée, par définition, n’est pas un liquide parfaitement homogène et transparent. Il est normal que levures, bactéries et résidus de thé laissent des traces visibles.

L’objectif de cet article est de vous aider à faire la différence entre :

  • les dépôts et filaments normaux, typiques d’un kombucha sain
  • les signes qui doivent vous mettre en alerte
  • les cas où il faut vraiment jeter et repartir d’une culture propre

Nous verrons aussi comment adapter vos habitudes pour limiter les surprises visuelles, tout en gardant une boisson efficace, aromatique et agréable à boire.

1. Rappel : ce qui se passe vraiment dans votre bocal

Pour comprendre ce que vous voyez, il faut d’abord se rappeler ce qu’est un kombucha.

1.1. Un écosystème vivant, pas une simple boisson

Dans un bocal de kombucha, on trouve :

  • un SCOBY, ce disque gélatineux de cellulose dans lequel vivent des bactéries et des levures
  • un liquide de départ acidifié, riche en micro-organismes
  • un thé sucré qui sert de nourriture à cette petite communauté

Les levures consomment le sucre et produisent alcool et CO₂. Les bactéries transforment l’alcool en acides organiques et construisent la matrice de cellulose qui forme le SCOBY. Ce travail permanent laisse des traces sous forme de :

  • résidus de levures
  • micro-fragments de SCOBY
  • filaments de cellulose en formation
  • pigments issus du thé

Il est donc logique que le kombucha maison soit plus « vivant », plus texturé, qu’une boisson industrielle parfaitement filtrée.

1.2. Pourquoi les dépôts sont particulièrement visibles dans le kombucha maison

Les kombuchas industriels sont souvent :

  • filtrés finement
  • parfois pasteurisés
  • standardisés pour répondre aux attentes des consommateurs habitués aux boissons limpides

Chez vous, vous travaillez avec une culture vivante et un bocal en verre. Tout ce qui se passe dans la fermentation reste visible : c’est parfois déroutant, mais c’est aussi ce qui rend l’expérience intéressante.

Si vous utilisez une souche de qualité, par exemple un SCOBY vivant bien équilibré et son liquide de départ fournis par un producteur spécialisé, vous savez au moins que ce que vous voyez vient de levures et de bactéries adaptées au kombucha, pas de micro-organismes inconnus.

2. Les dépôts et filaments normaux dans le kombucha

Avant de parler de contaminations, voyons ce qui est tout à fait classique dans un bocal sain.

2.1. Les filaments bruns attachés au SCOBY

Les fameux « filaments bruns » font partie des scènes les plus fréquentes. On les voit :

  • pendus sous le SCOBY comme de petites racines
  • flottant dans le liquide
  • parfois en train de se déposer doucement au fond

Il s’agit généralement :

  • d’amas de levures mortes ou en excès
  • de résidus de fermentation liés à l’activité des levures
  • parfois d’un mélange de levures et de cellulose en formation

Ces filaments peuvent être :

  • bruns, beige foncé ou presque noirs
  • souples, gélatineux, un peu élastiques
  • lisses (pas duveteux ni secs)

Tout cela est normal. Vous pouvez les filtrer au moment de mettre en bouteille si leur aspect vous dérange, mais ils ne sont pas dangereux en soi.

2.2. Le dépôt au fond du bocal

Au fil des jours, les levures se multiplient puis, pour une partie, meurent ou se détachent. Elles tombent alors au fond du bocal et forment un dépôt plus ou moins épais.

Ce dépôt :

  • est souvent brun ou beige foncé
  • peut être compact ou légèrement boueux
  • s’épaissit au fur et à mesure des fournées

Là encore, ce n’est pas un signe de problème. Beaucoup de brasseurs de kombucha choisissent même de retirer une partie de ce dépôt de temps en temps, pour rééquilibrer la culture, mais une certaine quantité de levures au fond reste parfaitement normale.

2.3. Les particules en suspension

Vous pouvez aussi voir :

  • des petits morceaux de SCOBY qui se sont détachés
  • des fragments de cellulose en formation
  • des résidus de thé (surtout si les feuilles n’ont pas été filtrées finement)

Ces particules en suspension donnent parfois un aspect légèrement trouble, un peu comme un cidre artisanal. Cela ne signifie pas que la boisson est « sale », mais qu’elle est peu ou pas filtrée.

2.4. Le voile gélatineux qui se forme en surface

Au cours de la fermentation, une fine couche gélatineuse se forme à la surface du liquide. C’est le début d’un nouveau SCOBY. Ce voile peut :

  • apparaître comme une pellicule translucide
  • avoir des bulles emprisonnées
  • avoir des zones plus épaisses et d’autres plus fines

Ce n’est pas de la moisissure, mais une matrice de cellulose produite par les bactéries. Avec le temps, elle s’épaissit et devient un nouveau disque.

3. Comment distinguer les dépôts normaux d’un vrai problème ?

La grande question est là : comment savoir si ce que vous voyez est sain ou inquiétant ?

Pour cela, vous pouvez utiliser trois critères principaux :

  • la texture
  • la couleur
  • la position (surface ou profondeur)

3.1. Texture : gélatineux ou duveteux ?

En général :

  • ce qui est gélatineux, visqueux, filandreux, lisse au toucher vient des levures, des bactéries ou de la cellulose. C’est typique d’une fermentation normale.
  • ce qui est duveteux, sec, poudreux, granuleux à la surface évoque plutôt une moisissure.

Si vous voyez une tache qui ressemble à ce qui pousse sur du pain oublié ou de la confiture périmée, avec un aspect de « poussière » ou de petit tapis poilu, l’alerte est plus sérieuse.

3.2. Couleur : brun/beige ou vert/bleu/noir vif ?

Les levures et dépôts normaux sont généralement :

  • beige
  • bruns (clair à foncé)
  • parfois presque noirs pour les dépôts anciens

Les taches préoccupantes, elles, sont souvent :

  • vertes
  • bleues
  • gris foncé ou noir profond, mais sous forme de tache sèche, non gélatineuse
  • d’un blanc très net, très sec, en petits cercles duveteux

La nuance est importante : un SCOBY peut avoir des zones plus foncées, marbrées ou tachées de brun sans que ce soit un problème.

3.3. Position : en surface ou en profondeur ?

Les moisissures ont besoin d’oxygène. Elles se développent donc :

  • toujours en surface
  • jamais en profondeur dans le liquide

Les dépôts au fond, les filaments qui pendent sous le SCOBY, les particules en suspension dans le kombucha ne sont presque jamais des moisissures.

Si vous voyez des taches duveteuses à la surface du liquide, en particulier si elles sont rondes, bien limitées et de couleur verte, bleue ou blanche, il s’agit probablement de moisissure.

4. Cas typiques : normal ou pas ?

Pour rendre les choses concrètes, voici quelques situations typiques.

4.1. J’ai des filaments bruns qui descendent du SCOBY

C’est quasiment la « carte postale » du kombucha maison. Dans la grande majorité des cas :

  • c’est normal
  • ce sont des amas de levures
  • cela indique que la fermentation se déroule bien

Vous pouvez soit :

  • les laisser et filtrer au moment de servir
  • ou filtrer avant la seconde fermentation en bouteille, si leur aspect vous dérange visuellement

4.2. Il y a une sorte de boue brune au fond

Cette « boue » n’a rien d’inquiétant. Elle correspond à :

  • des levures mortes
  • des résidus de thé et de cellulose

Si le bocal est resté longtemps sans être remué, il est normal que tout s’accumule au fond. Vous pouvez :

  • jeter une partie de ce dépôt lors du nettoyage du bocal
  • ou le laisser si la culture est stable et que le goût vous convient

4.3. Des petits morceaux blancs flottent dans le kombucha

Ce sont souvent :

  • de mini fragments de nouveau SCOBY en formation, qui se détachent
  • de petites plaques de cellulose qui se baladent dans le liquide

Ils peuvent surprendre quand on les voit dans le verre, mais ils ne sont pas dangereux. Si vous préférez un visuel plus net, filtrez au moment de mettre en bouteille.

4.4. J’ai une tache verte ou bleue en surface, comme un duvet

Cette fois, le scénario est très différent. Une tache :

  • à la surface
  • verte, bleue, grise ou blanche très nette
  • duveteuse, mate, comme une tache sur du pain moisi

… est presque toujours une moisissure.

Dans ce cas, il n’y a pas d’hésitation à avoir : il faut jeter le SCOBY, le liquide, et nettoyer soigneusement le bocal avant de repartir sur une nouvelle culture.

5. Que faire des dépôts et filaments normaux ?

Une fois que vous êtes rassuré sur le fait que vos dépôts sont « sains », plusieurs options s’offrent à vous pour rendre la boisson plus agréable.

5.1. Filtrer au moment de la mise en bouteille

La solution la plus simple :

  • verser le kombucha à travers une passoire fine (ou un filtre en tissu propre)
  • séparer ainsi la boisson des filaments et dépôts les plus visibles

Vous pouvez :

  • conserver le SCOBY et une partie du liquide pour la prochaine fournée
  • jeter le reste des dépôts au compost ou à la poubelle

Cette étape de filtration ne nuit pas à la qualité du kombucha, elle retire seulement les éléments solides les plus visibles.

5.2. Agiter légèrement avant de servir (selon le cas)

Certaines personnes préféreront :

  • laisser un peu de dépôt, notamment de levures, pour profiter d’une boisson très « vivante »
  • agiter légèrement la bouteille avant de servir, pour homogénéiser

Attention toutefois :

  • si la bouteille est très pétillante, mieux vaut éviter de trop la secouer pour ne pas provoquer de débordement
  • si le dépôt vous rebute, mieux vaut le laisser au fond et verser doucement

5.3. Accepter une boisson artisanale visuellement imparfaite

Une partie du travail autour du kombucha maison consiste à :

  • accepter que tout ne soit pas limpide
  • comprendre que la présence de levures et bactéries visibles est normale
  • apprécier le côté artisanal, vivant et spontané de la boisson

Si vous ressentez le besoin d’un kombucha parfaitement transparent, vous pouvez bien sûr filtrer plus finement, mais gardez à l’esprit que chaque étape de filtration supplémentaire enlève un peu de ce caractère brut.

6. Quand les dépôts et filaments doivent vous alerter

Même si la plupart des dépôts sont normaux, il existe des situations où l’aspect du kombucha doit vous faire réfléchir.

6.1. Présence simultanée de dépôts et d’odeurs suspectes

Si en plus des filaments, vous constatez que :

  • le kombucha sent le moisi, la cave humide, l’œuf pourri, la viande ou un produit chimique
  • l’odeur vous repousse immédiatement

… alors il ne faut pas se fier aux filaments seuls. L’odeur est un indicateur très important.

Dans ce cas, mieux vaut ne pas consommer la boisson, même si vous ne voyez pas de taches de moisissure nette à la surface.

6.2. Dépôts très étranges en surface

Certains dépôts peuvent être inquiétants si :

  • ils flottent en surface sous forme de petits îlots secs
  • ils ont un aspect granuleux, comme de la poussière ou du sable
  • ils forment des cercles ou taches duveteuses, bien délimitées

Si vous hésitez, observez la surface pendant un ou deux jours :

  • si la « tache » s’étend, se densifie, gagne en relief et en couleur, il s’agit probablement d’une moisissure
  • si au contraire elle se dissout, coule ou reste gélatineuse, ce sont plutôt des levures ou de la cellulose

En cas de doute, mieux vaut trancher en faveur de la prudence et tout jeter.

6.3. Dépôts anormalement colorés

Des couleurs très vives ou inhabituelles (vert fluo, orange vif, rose intense) peuvent aussi être un signe d’alerte, en particulier si elles apparaissent en petits îlots bien séparés.

Certaines infusions ou fruits utilisés en seconde fermentation peuvent colorer la boisson, mais dans ce cas, vous savez ce que vous avez ajouté. Si ce n’est pas le cas, méfiance.

7. Comment limiter l’apparition de dépôts gênants visuellement ?

Si vous avez du mal avec l’aspect « vivant » du kombucha, quelques bonnes pratiques peuvent réduire la quantité de dépôts visibles sans nuire à la fermentation.

7.1. Bien filtrer le thé de départ

Avant d’ajouter le SCOBY et le liquide de départ :

  • filtrez le thé pour ne laisser aucune feuille ni poussière de thé
  • utilisez une passoire fine ou un filtre en papier

Cela évite d’ajouter dès le départ des particules qui grossiront ensuite avec les levures.

7.2. Équilibrer les levures

Un excès de levures peut se traduire par beaucoup de filaments et un dépôt énorme au fond. Pour rééquilibrer :

  • retirez de temps en temps une partie du dépôt de levures au fond du bocal
  • ne laissez pas systématiquement tous les dépôts d’une fournée à la suivante
  • assurez-vous que la température n’est pas trop élevée, ce qui favoriserait une explosion de levures

Un SCOBY de bonne qualité, bien équilibré, a naturellement une relation plus harmonieuse entre levures et bactéries, ce qui limite ces excès.

7.3. Ne pas laisser les fournées traîner trop longtemps

Plus une fournée reste longtemps à fermenter, plus :

  • les levures ont le temps de travailler, puis de mourir
  • le dépôt augmente
  • le kombucha se rapproche du vinaigre

Si vous aimez une boisson plutôt douce, que vous arrêtez la fermentation à temps et que vous enchaînez régulièrement les batchs, vous aurez généralement moins de dépôts impressionnants que dans un bocal oublié pendant deux mois.

8. Check-list pratique quand vous voyez des filaments ou dépôts

Pour gagner en confiance, vous pouvez suivre cette petite check-list chaque fois qu’un bocal vous semble étrange.

  1. Je regarde la surface du kombucha.
    Vois-je des taches duveteuses, sèches, colorées (vert, bleu, noir, blanc très net) ou simplement un film gélatineux, lisse, beige ou translucide ?
  2. Je observe le SCOBY.
    Est-il souple, gélatineux, beige à brun, ou est-il sec, noirci, cassant ?
  3. Je regarde le fond du bocal.
    Est-ce une « boue » brune de levures, ou des taches bizarres qui remontent à la surface ?
  4. Je sens le kombucha.
    Odeur de vinaigre, cidre, levure (normal) ou odeur de moisi, œuf pourri, poubelle, produit chimique (problématique) ?
  5. Si l’odeur est correcte, je goûte une petite cuillère.
    Si le goût est cohérent (sucré, acide, vinaigré mais propre), les dépôts sont probablement normaux.
  6. Je décide : filtration ou poubelle.
    Si tout semble normal, je filtre et je garde. Si un des signaux d’alerte est présent (moisissure, odeur répugnante), je jette tout.

Avec l’habitude, ces étapes deviendront presque réflexes, et la présence de filaments ne vous fera plus paniquer.

9. Foire aux questions : dépôts, filaments et kombucha

9.1. Peut-on boire les filaments de levures ?

Techniquement oui. Les filaments de levures et fragments de SCOBY ne sont pas toxiques en eux-mêmes, et certains les consomment sans problème. C’est surtout une question de texture en bouche.

Si cela vous dégoûte, filtrez. Si cela ne vous dérange pas, vous pouvez tout à fait les laisser.

9.2. Les dépôts signifient-ils que mon kombucha est plus « fort » ou plus probiotique ?

Pas forcément. La quantité de dépôts visibles ne reflète pas directement le nombre total de micro-organismes. Un kombucha bien filtré peut être tout aussi riche en bactéries bénéfiques qu’un kombucha très trouble.

La présence de dépôts traduit surtout la manière dont vous le manipulez (filtration ou non), la durée de fermentation et l’équilibre levures/bactéries.

9.3. Dois-je jeter tout le bocal dès que je vois un filament brun ?

Non. Un filament brun, surtout s’il est sous le SCOBY, est presque toujours normal. C’est la combinaison « filament + tache duveteuse colorée en surface + mauvaise odeur » qui doit vous faire jeter.

9.4. Mon kombucha est plein de dépôts mais sent bon et a bon goût : je peux le garder ?

Oui. Si :

  • l’odeur est agréable (vinaigre, pomme, thé, levure douce)
  • le goût est cohérent (sucré, acidulé, voire très acide mais propre)
  • aucune moisissure n’est visible à la surface

Alors le kombucha est consommable. Vous pouvez juste filtrer pour améliorer le visuel.

9.5. Comment être sûr de partir sur de « bons » dépôts et pas sur des micro-organismes foireux ?

Tout commence par la culture de départ :

  • un SCOBY de kombucha vivant sain, issu d’une source fiable
  • un liquide de départ suffisamment acide pour protéger la boisson au début
  • des instructions claires sur les proportions de sucre, de thé et les temps de fermentation

En choisissant une culture de kombucha testée, équilibrée et accompagnée de son liquide de départ, vous savez que les filaments et dépôts viennent de levures et bactéries adaptées au kombucha, pas de micro-organismes « sauvages ».

Conclusion : des dépôts qui rassurent plutôt qu’ils n’inquiètent

Voir des dépôts ou des filaments dans son kombucha, c’est un peu comme voir la croûte sur un bon fromage ou le dépôt dans un vin naturel : au début, cela surprend, puis on comprend que c’est le signe d’un produit vivant, pas d’un défaut systématique.

Retenez surtout que :

  • les filaments bruns, les dépôts au fond et les particules en suspension sont généralement normaux
  • les vraies alertes sont la moisissure duveteuse en surface et les mauvaises odeurs (moisi, œuf, poubelle, chimique)
  • vous pouvez filtrer autant que vous le souhaitez pour rendre la boisson plus « propre » visuellement, sans renoncer à la fermentation

Avec l’habitude, vous saurez reconnaître d’un coup d’œil ce qui est sain et ce qui ne l’est pas. Et vos dépôts ne seront plus un sujet d’angoisse, mais simplement une étape visuelle dans le cycle de vie de votre kombucha maison.

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